Beyrouth – Liban

Voilà,  c’est le début d’une toute nouvelle aventure pour moi à la Croix-Rouge Libanaise. Me voici arrivé au Liban!
Durant ma première semaine, c’est avec un petit sourire nostalgique que je fais mes premiers pas à Beyrouth alors que je découvre la ville. Je ne suis jamais allé au Liban auparavant. Pourtant, marcher dans les rues en regardant les quartiers, le gens, entendre les musiques et le trafic chaotique (essayer de traverser les routes en mode mission/roulade pour esquiver les voitures), sentir les odeurs des petites enseignes de street food dans les rues… Tous ces éléments sont typiques du Moyen-Orient, et me rappelle le coin de ma grand-mère en Iran. Bref, on se sent un peu comme à la maison ça fait déjà plaisir!

Après une petite découverte de la ville, Je rencontre Diana autour d’un café. Elle est la cheffe de formation de la Croix-Rouge et mon contact pour l’élaboration de ce stage. Elle me présente, en gros, comment fonctionne la Croix-Rouge, la formation, les volontaires. En effet, tous les secouristes de la CRL sont volontaires. C’est en majorité du bénévolat! Diana m’explique le processus de formation pour devenir volontaire.

  1. Tout d’abord on devient First Responder, c’est-à-dire suivre l’équivalent des cours du BLS AED en Suisse. (Initation à la réanimation.)
  2. Ensuite c’est l’étape First Aid, les cours se composent de l’immobilisation et de l’utilisation du matériel.
  3. Enfin, la formation d’EMT-basic, environ 1000h de cours pour apprendre l’évaluation systématique du patient et à prendre en charge les gros problèmes en fonction des différents systèmes du corps. Et ce grâce au BLS, aux techniques plus avancées ou grâce à des connaissances de physiologie/ physiopathologie de base.
Elle me donne mes horaires et les centrales où je vais faire mon stage. La principale centrale, où j’ai débuté ma semaine, est celle de Gemmayzeh. Elle est située dans l’un des quartiers les plus populaires du centre ville, et est réputée pour sa vie nocturne, ses bars et restaurants, etc. Cette centrale ne tourne que la nuit: la journée les volontaires sont à leur travail rémunéré, ou bien à l’école. Leur garde commence à 18h jusqu’à 6h le lendemain. 5 équipes se relayent chaque nuit. Le week-end, une équipe fait la garde. Ils travaillent 1 weekend par mois non-stop du samedi soir jusqu’au lundi matin pour ensuite reprendre le boulot! Nom de Dieu!
J’ai passé ma semaine à la centrale de Gemmayzeh (secteur 102). J’ai été accueilli comme un roi par l’équipe; l’hospitalité libanaise est vraiment top! Ils m’ont fait une petite présentation des ambulances et du matériel présent. Il se compose d’un brancard Ferno, de bouteilles d’O2 avec masque et ballon, d’une aspiration électrique, de quoi faire des pansements, du matériel d’immobilisation (planche, vaccum, attelles, ceinture pelvienne) et d’une chaise dépliable pouvant aussi être utilisée comme brancard, et enfin d’un défibrillateur automatique. Le sac d’intervention est composé d’une trousse pour les signes vitaux (tensiomètre manuel, saturomètre portatif et glucomètre), pansements, aspiration manuelle, guedel, O2 avec masque et ballon. Ici, ils se débrouillent sans moniteur, sans voie veineuse et sans médicament.
Les présentations faites, l’alarme sonne: première urgence!

je rentre dans l’ambulance et on me fait un petit topo sur les rôles bien définis de l’équipage :

  1. L’ambulancier : ici c’est le conducteur qui s’occupe du transport et d’apporter du matériel si on le lui demande. Généralement c’est le plus expérimenté de tous (chef de secteur), En effet, savoir conduire dans le chaos routier de Beyrouth demande beaucoup de cran et d’expérience.
  2. L’éclaireur: c’est le poste que l’on exerce dès qu’on rentre dans une section après la formation. Son rôle est de faire l’approche du patient, son évaluation, la prise des signes vitaux,  ainsi que de traiter ce qu’il peut traiter et de référer tout ce qu’il fait au chef de mission.
  3. Chef de mission:  Il est le patron de la situation, le leader. Il prend les décisions, recueille toutes les informations dont il a besoin. Il fait aussi les anamnèses détaillées en fonction des informations transmises par son éclaireur sur l’état du patient(stable/instable). Il décide des moyens supplémentaires et de l’hôpital de destination.
  4.  le 4ème ou le bleu: c’est le nouveau volontaire  dans la section, il participe au déroulement de l’intervention, apprend à manier le brancard,et à utiliser le matériel. Il assiste l’éclaireur, car il n’a pas encore fini sa formation.
Nous partons donc en urgence à 120 km/h dans les rues de Beyrouth pour une femme qui fait un AVC et habitant dans la banlieue de la ville. Je découvre un point pas évident pour ces volontaires: il n’y a pas d’adresse précise à Beyrouth. Les grands axes on des noms et des numéros mais ce n’est pas le cas pour les petits axes. C’est pourquoi, le chef de mission reste la plupart du temps au téléphone avec quelqu’un pour nous guider ou pour faire un point de rencontre afin de faire monter un proche dans l’ambulance qui nous montre le chemin. Généralement l’ambulancier connait son secteur à la perfection et est le plus apte à repérer le lieu de l’intervention. On peut s’estimer heureux en Suisse d’avoir des adresses précises… Imaginez un peu le stress de savoir qu’il y a potentiellement une vie en danger mais sans savoir précisément ou c’est.
Pour cette intervention, nous avons dû monter 5 étages sans ascenseur, dans des escaliers les plus étroits que j’ai jamais vu de ma vie et sans lumière (parce que sinon c’est pas drôle hein..!) Nous voilà enfin arrivés auprès de la patiente. C’est à ce moment précis, que je me prends une claque. Littéralement. Je suis témoin d’une vraie performance. Les 4 bénévoles prennent en charge de manière magistrale. Prise des mesures BLS immédiates, écarter les risques vitaux et les traiter, recueillir une anamnèse des plus précises, anticiper très vite la relève et conditionner la patiente pour le transport. Tout cela assaisonné de débrouillardise pour descendre les escaliers en portant la patiente. J’ai pu observer leur impressionnante « team play ». Ils fonctionnent de manière très coordonnée avec une communication à briser les murs. Un peu comme s’ils étaient réglés comme du papier à musique. Une vraie intervention à faire péter les chronos! temps sur place : 5 min.
Chaque prise en charge se fini par un débriefing de la situation et une évaluation de l’éclaireur.
Après une semaine de stage, dont 3 nuits et un week-end, j’accumule de nombreuses interventions par nuit. Je commence à m’habituer à la conduite sauvage dans la ville (et accessoirement ne plus avoir la nausée à l’arrière). Je rencontre à chaque fois de nouveaux volontaires tous plus sympathiques et accueillant les uns que les autres. Je continue à me prendre une claque à chaque intervention (d’une manière générale assez variée en trauma ou médical, avec une tendance pour l’AVP) à cause de leurs performances et leur rapidité sur site. Un truc assez cool, c’est qu’ils me demandent à chaque fois mon avis en fin de mission, alors que je ne suis pas encore diplômé. Je ne permet donc pas d’évaluer les gens, cependant les volontaires ont tellement envie d’apprendre que j’essaie de donner des astuces du mieux que je peux et inversement. Le tout dans un esprit de partage, c’est vraiment génial!
Il existe une tradition dans la Croix-Rouge: chaque volontaire a un surnom, (un nickname).  Ils ont été introduits pendant les précédentes guerres pour abolir toutes distinctions d’ethnies ou de religion et afin de représenter la Croix-Rouge de la manière la plus neutre possible. En uniforme, il n’existe plus, par exemple,  de  »Christian »,  »George »,  »Mohammed », »Ali »,. Seuls les surnoms restent. Les guerres sont passées, et depuis, la tradition du nickname est toujours présente. Le chef de section donne les surnoms. Ils sont généralement marrants. Par exemple, une volontaire était assise à coté d’un pot de fleur pendant sa distribution de surnom, et le chef l’a surnommé  »Pot de fleur »..!) Pour ma part, j’ai été baptisé  »Mas », l’inverse de  »Sam ».
Fin de ma première semaine. Entre deux gardes, je profite de découvrir petit à petit la ville, de déguster la cuisine libanaise (juste un pur régal), et de profiter de l’ambiance et de la musique.
En attendant la suite, je fume le bon narguilé du pays!
Je vous salue, Saman.

 

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